Colloque organisé par l’Institut d’histoire du livre
Enssib et Bibliothèque municipale de Lyon
15-17 juin 2005
Compte rendu
Le colloque Textes et textiles du Moyen Age à nos
jours : échanges d’impressions, s’est tenu du 15 au 17 juin dernier à
l’Enssib et à la Bibliothèque municipale de Lyon. Ouvrant une
« saison » intitulée Tissu/Papier : échanges d’impressions,
qui déclinera jusqu’à la fin de cette année, en divers lieux rhône-alpins, une
série de manifestations autour de l’histoire longue et complexe des relations
entre tissu et papier, texte et textile, vêtement et livre, il s’inscrit
également dans la série des colloques organisés par l’Institut d’histoire du
livre qui se sont tous donné pour but de traverser les frontières.
Ce colloque assurément transdisciplinaire, rassemblant des
chercheurs de divers horizons et des professionnels, manifeste un esprit de
curiosité qui tente de réunir les préoccupations des historiens des processus
matériels comme celles des historiens de ces couples métaphoriques évoqués plus
haut. Ces deux journées sont donc placées sous le signe d’un va-et-vient
constant entre processus matériels et processus métaphoriques.
L’ouverture des ces travaux a été placée sous l’autorité de
l’Antiquité. Cette période a en effet, depuis longtemps, noué des liens entre
texte et tissu. Et Jesper Svenbro, auteur avec John Scheid d’un ouvrage
consacré à la métaphore textile dans l’Antiquité gréco-romaine, s’y est
particulièrement intéressé.
C’est un texte de Francis Ponge publié dans les années 1940,
L’araignée, qui lui a donné la matière première de sa conférence
inaugurale. Dans ce texte en effet, l’auteur, se prenant pour une araignée
attirant le lecteur- « bestiole » dans une toile rayonnante faite de
« mots en l’air », réveille la métaphore endormie dans le mot texte.
Si ce mot ne renvoie plus spontanément, aujourd’hui, à la toile et au tissu, le
textus des anciens désigne avant tout le tissu : comment en est-on
arrivé là ?
J. Svenbro propose un voyage au début de l’Empire romain,
notamment chez Ovide, qui conta la métamorphose de l’intrépide tisserande
Arachnè en araignée et pour qui la métaphore du discours tissé est encore vive.
Tibérius Ilus, peut-être son contemporain mais qui écrit en grec et non en
latin, oppose quant à lui texte et voix, laquelle demeure prisonnière du tissu
du poème tant qu’un lecteur ne l’en a pas libérée par l’acte de lecture. Séparés de deux millénaires, les deux poèmes
de Ponge et de Tibérius accordent la même importance à l’araignée, identifiable
au poète, et au tissu.
C’est dans la poésie archaïque grecque que l’on retrouve la
métaphore préfigurant le texte écrit dont les Romains seront les propagateurs à
partir de Cicéron. Homère connaît la métaphore textile (Ulysse tisse son
discours) mais ne l’utilise pas pour caractériser son chant, se considérant non
comme auteur mais comme interprète des muses. En revanche les poètes choraux
qui travaillent pour toutes sortes de commanditaires en font largement usage. Platon
emploie la métaphore du tissage pour la composition de la cité comme de la
syntaxe. Cicéron en développe l’usage épistolaire et philosophique. Lucrèce,
très au fait des procédés du tissage, entend tisser jusqu’au bout (pertexere)
l’ouvrage qu’il a entrepris.
Dans cette longue histoire, J. Svenbro attire
particulièrement l’attention sur un poète romain du VIe siècle, Luxurius, qui
écrit dans l’Afrique du Nord des Vandales. Pour Luxurius, l’écriture est la
chaîne d’un tissu dans laquelle le lecteur introduit sa propre trame vocale de
façon à tisser le texte, qui se défait par conséquent après chaque lecture.
Cette théorie du texte dans laquelle la lecture est un re-tissage de l’écrit
par le lecteur – et qui rappelle combien l’opposition écrit/voix est essentielle
aux Anciens – est une des grandes leçons transmises par l’Antiquité, un
véritable défi pour nous, modernes.
Après cette brillante entrée en matière par la métaphore, Louis André propose de revenir aux matériaux. Observant les papiers, cartons et textiles,
la question des matériaux et techniques de fabrication à travers l’histoire
s’impose en termes de proximité mais aussi de dissemblance. Si l’on examine
tout d’abord la nature même des matériaux, dans une culture occidentale où la
fabrication du papier est longtemps tributaire des chiffons textiles, on se
trouve vite confronté à l’omniprésence de la cellulose. Ainsi faire du papier
consiste d’abord à défaire du tissu : la fileuse s’applique pour que la
papetière puisse effilocher.
Si l’on interroge les techniques de préparation des fibres
et leurs différents modes de mise en forme, on relève bien des
ressemblances : la feuille de papier, résultat d’une réaction chimique au
cours de laquelle les fibres se soudent entre elles, rappelle en tous points le
feutre – qui n’est pas un tissage ; le lissage, le laminage, le
calandrage, s’appliquent au tissu et au papier ; tout comme le glaçage ou
l’amidonnage, dont le but est de donner de la tenue à un tissu, trouve son
équivalent dans le couchage du papier.
A partir de la fin du XVIIIe siècle, les grandes évolutions
techniques s’observent dans les industries textiles et papetières, mais ne vont
pas à la même vitesse : mécanisation de la filature ; machine en
continu pour le papier ; exploitation de la cellulose pour pallier le
déficit de chiffons, qui profite au textile avec le développement des textiles
« artificiels » au tournant du XXe siècle.
A l’heure des « non tissés », les matériaux tissu
et papier ne tendent-ils pas à se rapprocher davantage ? L. André présente
pour terminer quelques images illustrant les principaux domaines dans lesquels
s’effectuent les recherches : le papier peint, qui imite aussi bien les
reliefs de la dentelle que le brillant de la soie ; les vêtements en fil
de papier tissé ou tricoté, grande innovation des années soixante ; les
robes de papier de Paco Rabane et, dans la même année 1967, les robes en
non-tissé des papeteries Navarre à Roanne, dans la Loire.
Poursuivant à sa manière cette confrontation, Pierre Marc
de Biasi propose une cartographie des intersections entre histoire du tissu
et histoire du papier, rappelant en premier lieu combien ces deux substances
racontent les débuts de la technologie et même de l’histoire humaine. A l’heure
du numérique, il nous est en effet difficile de penser la pensée sans papier.
De même le tissu est partout, des langes au linceul, des draps au drapeau,
jusqu’à la toile qui est aussi espace de représentation du peintre. Tissu et
papier sont tellement omniprésents qu’ils en deviennent invisibles, curieux
prolongements ou prothèses de notre propre corps.
L’histoire du tissu et du papier, en se croisant, produisent
des bouleversements technologiques et symboliques majeurs, depuis la Chine du
IIIe siècle avant notre ère dans laquelle le papier entretient un lien natif
avec la soie, jusqu’au monde musulman et à l’Occident de la fin du Moyen Age,
dans lequel l’invention de l’imprimerie à caractères mobiles impose le papier
comme nécessaire support de l’écrit. Le Moyen Age, en Europe, est aussi le moment
où se développe, après un long règne de la laine, la culture du lin, fibre
pourvoyeuse de nouveaux vêtements et par conséquent de nouveaux chiffons qui
deviendront à leur tour papier, permettant l’essor de la presse de
Gutenberg : à cet égard, n’est-ce pas le papier (et au départ une affaire
de mode) qui a fait la Renaissance ?
Un lexique du tissu et du papier, en Europe et plus
précisément dans la langue française, s’ébaucherait autour de trois ondes de
formation. L’une, très courte, qui voit l’apparition, entre 1140 et 1180, des
termes toile, tissu, texte, canevas, fil, trame,
ourdir, tresse (exactement « brin de lin non filé »).
Puis deux autres, à partir du XIIIe siècle, qui lui donnent son ampleur du côté
du texte d’une part, le mot ne désignant jusqu’alors que les Evangiles,
le texte sacré, d’autre part du côté de la texture, avec les notions
d’arrière pensée, de complot, de subtilité, etc., qui apparaissent à cette même
époque dans la littérature en langue vulgaire.
Françoise Cousin choisit de faire retour aux choses
en présentant un travail entrepris dans les années 1970 au Rajasthan, où elle
avait alors étudié l’impression artisanale des tissus à la planche de bois.
Dans le cadre de ce colloque, elle se propose de comparer les opérations mises
en œuvre pour imprimer ces tissus avec celles requises pour imprimer sur
papier, en privilégiant le cas de l’estampe.
Ces opérations et leurs effets sur la surface à couvrir sont
décrits étape par étape, en se situant en premier lieu du point de vue du
projet : dans le cas des tissus indiens observés, il s’agit de motifs
grand teint et polychromes ; dans le cas de l’estampe, les motifs sont le
plus souvent en noir et blanc, et l’impression ne pénètre pas au cœur de la
fibre comme dans les tissus. Du point de vue des moyens mis en œuvre, on
observe dans les deux cas un rapport étroit entre le support, l’outil et la
matière, même si ceux-ci diffèrent dans leur espèce : toile de coton,
planche en bois, mordant et réserve pour le tissu ; papier variant dans
son grain, planche de bois ou de métal, encre pour le papier.
Mais c’est surtout dans la répétition, la succession et
l’alternance des gestes requis pour le traitement du support que l’on observe
les plus grandes différences. Dans l’estampe une même planche constitue le
motif reporté sur une feuille, les mêmes gestes s’accomplissent pour chaque
tirage et chaque exemplaire, unique, est cependant relié aux autres par le
principe de répétition. Dans les tissus observés le format du support ne
correspond pas à celui de la planche (beaucoup plus petit), chaque opération
d’impression du motif est effectuée sur tous les tissus avant de passer à
l’étape suivante qui est la teinture, les tissus imprimés exigeant en effet
deux grandes séquences, l’impression proprement dite (l’application du motif)
et la teinture. De sorte que dans le cas de l’estampe, la répétition s’effectue
sur des supports différents, quand dans le tissu elle s’effectue sur un même
métrage.
Xavier Petitcol présente une pièce exceptionnelle
préemptée le 16 février dernier, lors d’une vente à l’Hôtel Drouot, par le
Musée de Bourgoin Jallieu, et qui figure dans l’exposition organisée par ce
musée dans le cadre de Tissu/Papier : échanges d’impressions. Il
s’agit d’un gilet d’homme de l’époque Directoire, confectionné dans un satin
jaune et imprimé en taille-douce à l’encre d’imprimerie. Ce vêtement
remarquablement conservé présente un décor d’arabesques dans le goût
« étrusque » très en vogue à la fin du XVIIIe siècle.
X. Petitcol rapproche cette pièce de deux fragments de satin
conservés au Musée des tissus de Lyon et portant le même décor, mais également
d’un ensemble d’estampes sur papier destinées au papier peint. Ce reliquat
rarissime d’un décor mural, découvert en 1962 lors de la démolition d’un hôtel
particulier à Bruxelles, et aujourd’hui intégré dans les collections du Musée
du papier peint de Rixheim, permet d’attribuer le gilet à la fabrique
parisienne de papier peint Arthur & Robert, active sous le Directoire. Et
des inventaires ont livré les noms de ses dessinateur et graveur :
Jean-Guillaume Moitte, sculpteur du roi, et James Gamble.
Cette étude de cas permet ainsi de voir comment, au sein
d’une fameuse fabrique de papier peint souvent éclipsée par son concurrent
Réveillon, l’impression en taille douce était réalisée sur papier comme sur
tissu, et ce avec les mêmes formes imprimantes.
A partir du célèbre exemple de la manufacture de
Jouy-en-Josas, Aziza Gril-Mariotte examine la question des rapports
entre toile imprimée et livre à la fin du XVIIIe siècle et au début du siècle
suivant. Les nombreux dessins créés à Jouy trouvent en effet majoritairement
leurs thèmes et même leurs motifs dans les ouvrages imprimés et la gravure, qui
connaissent un extraordinaire développement au XVIIIe siècle. Littérature, œuvres
artistiques anciennes ou modernes, recueils de modèles, sont de précieuses
sources pour les dessinateurs, qui diffusent autant qu’ils s’approprient la
matière livresque en vogue. Ainsi les Fables de la Fontaine, font-elles
l’objet, dès 1770-1772, de la première création imprimée à la planche de
cuivre. Don Quichotte connaît également un grand succès, avec deux
dessins créés en 1780 et 1816, tout comme Paul et Virginie, véritable
best-seller des arts décoratifs, ou encore Tancrède, épopée médiévale
abondamment reprise. L’opéra fournit aussi des modèles, par exemple Le
mariage de Figaro, qui donne lieu à une série de gravures publiées en 1809.
Il convient de remarquer que dans tous ces exemples, les
dessinateurs utilisent le livre et ses gravures comme source d’inspiration, les
tissus de Jouy faisant par ailleurs tous l’objet d’éditions illustrées. Ainsi
pour la toile Le meunier, son fils et l’âne créée en 1806, le
dessinateur Jean-Baptiste Huet reprend les planches publiées cinquante ans plus
tôt par Jean-Baptiste Oudry, destinées à des cartons de tapisserie. Pour Don
Quichotte, ce ne sont pas les peintures de Coypel commandées par les
Gobelins et destinées elles aussi à la tapisserie, qui sont utilisées à Jouy,
mais le recueil de gravures qui en résulte. La toile Paul et Virginie,
quant à elle, reproduit presque à l’identique les gravures commandées par
Bernardin de Saint Pierre pour la belle édition publiée par Didot en 1806.
A. Gril-Mariotte s’interroge enfin sur les procédés mis en
œuvre pour l’adaptation des images du livre à la toile imprimée, et met en
évidence différents types de mise en scène du récit : « narration
cyclique » dans laquelle les mêmes personnages sont reproduits dans des
attitudes différentes et selon une disposition en ellipse qui tient compte des
contraintes du rouleau de cuivre, apparu à Jouy à la fin du XVIIIe
siècle ; « narration monoscénique » qui juxtapose plusieurs
scénettes traitées de manière indépendante et non selon un déroulement
linéaire.
Florence Charpigny s’intéresse au processus de
création textile, dans lequel tissu et papier sont étroitement liés, à Lyon et
à une époque de grande créativité, l’entre-deux guerre. Elle entreprend de décrire les relations
entre tissu et papier, chez le fabricant d’étoffe comme chez le styliste de
mode, à partir des objets dont on dispose et qui ont, de par leur conservation
même, le statut d’archives : croquis, esquisse, mise en carte, disposition
de tissage, papier Verdol du métier à mécanique de type Jacquard (qu’en est-il
avec les métiers informatisés ?), livre de patrons et son complément
commercial, le livre de commissions, patron de vêtement en papier ou « non
tissé ».
Il apparaît que le document papier informe non seulement par
le dessin, mais par les annotations manuscrites qu’il porte (informations
techniques, nom du client, retissages successifs, etc.) et qui passent par
l’écriture, ajoutant un niveau de codification supplémentaire. Le papier donne
la capacité de mise en œuvre du projet textile et sa maîtrise, comme on le voit
entre autres exemples dans la mise en carte, qui reporte le dessin sur un
papier quadrillé où les intersections des lignes verticales et horizontales
représentent le croisement des fils de chaîne et des fils de trame.
Au total, un dispositif complexe dont le pragmatisme n’est
probablement qu’apparent, signifiant à différents niveaux, qui renvoie au
schéma représentation/effectuation : le papier joue des deux pôles, comme
notion complémentaire et éclairante de la description.
Odile Blanc a choisi d’évoquer les rapports entre le
livre et le vêtement à partir d’un exemple particulier : un vêtement
masculin de la fin du Moyen Age conservé au Musée des tissus de Lyon, rare
exemple de vêtement civil conservé pour ces époques anciennes, et dont il est
relativement aisé de suivre l’histoire à partir de sa
« redécouverte » à la fin du XVIIIe siècle. Dès lors en effet, ce
vêtement qui avant la Révolution était conservé dans le trésor de l’église des
Carmes d’Angers n’a cessé de circuler, dans les pays de Loire, en Normandie, à
Paris et au Mans, avant d’entrer dans les collections lyonnaises. Dans le même
temps ces pérégrinations s’accompagnent d’une inflation de commentaires à
l’égard d’une pièce devenue objet de collection, de publications concernant les
textiles et vêtements du Moyen Age, et aussi de nouvelles images.
L’histoire de ce vêtement est intimement liée aux traces
laissées par ces différents regards (ceux du peintre, du collectionneur, du
savant) dans les publications. C’est l’occasion d’étudier le jeu, exemplaire et
complexe, des transformations d’un objet à travers la façon dont il est publié,
l’ensemble des représentations écrites, graphiques et photographiques, qui
fonde son statut de document comme ses différents statuts. Si le livre est ici
vecteur d’information, support de connaissance, il reflète aussi les
différentes manières de voir ce singulier vêtement venu du Moyen Age, dans le
contexte du développement des études médiévales en France (des
« antiquités nationales »).
Ainsi son premier commentateur, en 1817, ne voit en lui
qu’un « morceau d’antiquité », avant qu’il ne devienne un objet de
collection activement recherché. Au milieu du XIXe siècle, les milieux savants
témoignent d’un intérêt nouveau pour les étoffes anciennes découvertes dans les
trésors d’églises. L’époque est alors à la reconstruction de bâtiments en style
gothique, ainsi qu’au renouveau liturgique, de sorte que le vêtement n’est
guère mentionné que comme un échantillon textile, et représenté comme tel. Ce
n’est qu’en 1910 que des photographies le donnent à voir comme un vêtement
ancien, dont la structure demeure cependant incompréhensible jusqu’à ce que les
dessins du peintre Maurice Leloir, en 1930, en restituent la forme particulière
et la manière dont il devait être porté. Il a donc fallu plus d’un siècle pour
que cette pièce d’habillement, célèbre dans les milieux savants et
collectionneurs, accède à la visibilité.
Lors de la seconde journée de ce colloque, François
Dupuigrenet-Desroussilles aborde les processus métaphoriques à travers un
genre littéraire de plusieurs siècles, les « vers tissés », et dans
deux textes phares qui l’ont mis en œuvre : les Louanges de la croix de
Raban Maur à l’époque carolingienne, et les Metametrica de Juan Caramuel
dans l’Italie baroque.
Les poèmes figurés renvoient à la tradition grecque et
surtout alexandrine du technopaegnion, ancêtre du calligramme, où un
texte formant figure s’enlève sur un fond uni et est immédiatement perceptible.
Dans le monde romain, les premières tentatives s’observent à l’époque
républicaine mais surtout au IVe siècle, avec les carmina figurata de
Porphyre Optatien, dédiées à l’empereur. Ce genre aura une grande influence
auprès des poètes de la cour de Charlemagne, milieu dans lequel s’est formé le
futur évêque de Mayence Raban Maur.
Les vingt huit poèmes qui composent les Louanges de la
croix se présentent comme des carmina figurata quadrata, dans
lesquelles les hexamètres horizontaux et verticaux ont le même nombre de
lettres. Chaque poème se donne ainsi comme un espace saturé par le texte, avec
un texte « portant » et un texte « porté », ce dernier
composant des figures tissées dans le précédent qui, contrairement aux technopaegnion,
ne sont perçues que grâce à une écriture seconde révélée par un tracé coloré ou
figuré. Le cas le plus fréquent est constitué de figures géométriques formant
des lettres dans lesquelles apparaît un texte second. Un autre exemple,
fréquemment reproduit, est la figure du Christ recouverte de texte, où le
vêtement est le support d’un texte second qui en donne le sens (« ce tout
puissant créateur est habillé de quelques lettres »). Et dans l’image de
la croix au pied de laquelle est agenouillée le poète, la même couleur verte,
qui habille la croix, qualifiée de « rameau vert », et Raban,
fonctionne comme un trait iconique à valeur quasi linguistique.
F. Dupuigrenet Desroussilles attire l’attention sur le fait
que Raban Maur – après Porphyre Optatien et Venance Fortunat – utilise la
métaphore textile alors qu’elle est peu employée dans le Moyen Age latin,
suggérant qu’il existe une spécificité de cet usage en relation avec le poème
figuré. Par ailleurs, si les poèmes figurés sont des images verbales assimilées
à des étoffes, ne peut-on les rapprocher des images réelles sur des étoffes,
connaissant la grande faveur des images textiles (bannières, tituli,
emblèmes, etc.) au Moyen Age ? Il y aurait donc une spécificité médiévale
du poème figuré, en relation avec la métaphore textile et avec la matérialité
du décor textile, qui ne se réduit pas à une simple reprise de la tradition
antique.
L’autre exemple choisi par F. Dupuigrenet Desroussilles, ce
sont les vers tissés de Juan Carramuel, personnage fascinant de la
Contre-Réforme catholique, à la fois philosophe, moraliste, grand théologien,
auteur d’un grand nombre d’ouvrages concernant la théologie morale mais
également la rhétorique, dont ces Metametrica qui proposent une théorie
en même temps qu’une anthologie du vers tissé. Si l’on retrouve la pratique du
texte porté, comme chez Raban Maur, avec une disposition géométrique des
lettres dans les interstices desquelles se dégage une autre matière verbale,
les choses se présentent bien différemment puisqu’en définitive, texte portant
et texte porté sont interchangeables, dans une combinatoire infinie où prédomine
le visuel.
Cette forme, très répandue dans les couvents de l’époque
baroque, n’est pas sans rappeler le fameux songe du Poliphile, texte
publié à l’extrême fin du XVe siècle et qui peut être entièrement considéré
comme la matière intermédiaire d’un très long acrostiche – reproduit par les
lettrines qui ouvrent chaque chapitre – et qui comporte de nombreux technopaegnia.
Cette confusion entre technopaegnion et vers tissé est sans doute à
mettre en rapport avec la médiation de l’imprimerie, qui introduit un principe
de réversibilité complète de la lettre (la typographie est une composition
de caractères inversés). Le personnage de Caramuel, qui a fondé plusieurs
imprimeries où il engloutit le peu de fortune qu’il possédait, porte ainsi à
son apogée le principe de cette « machine folle à tisser des vers ».
Romaine Wolf-Bonvin poursuit l’examen de ces
processus métaphoriques en observant la situation du texte à l’aube du XIIIe
siècle. Le mot texte, en littérature romane, apparaît vers 1120-1140 (teste,
tiste) pour désigner, en premier lieu, l’écriture sainte, l’Evangile,
puis le passage de l’écriture sainte à son commentaire : le texte signifie
donc la parole première et la glose. Il faut attendre la fin du XIIIe siècle
pour rencontrer, dans le Roman de la Rose de Jean de Meung, le mot
employé dans un sens figuré, pour désigner la parole directe par opposition à
sa périphrase : le mot texte se laïcise donc très tard. R.
Wolf-Bonvin rappelle alors l’intuition d’Emmanuelle Baumgartner selon laquelle,
dans la littérature de cette époque, la couture et la broderie sont
privilégiées, alors que le travail du tissage apparaît rarement, et toujours
sous un jour défavorable. Ce colloque est l’occasion de reprendre cette idée.
A la tradition poétique antique et latine dans laquelle le
tissage du discours est un lieu commun, le Moyen Age ajoute une inflexion
majeure en accordant une importance supplémentaire au revêtement textuel et à
la superposition vestimentaire : écrire c’est tisser mais aussi habiller,
et la poésie revêt la matière de mots. L’esthétique médiévale conçoit le texte
comme un habillement précieux et valorise l’abondance, l’ornatus,
perceptible dans la joaillerie, la passementerie, la broderie, etc. Mais voir
le texte comme une enveloppe c’est aussi penser qu’il dissimule, qu’il y a donc
en lui de la tromperie.
R. Wolf-Bonvin choisit quelques textes littéraires issus de
la matière courtoise qui mentionnent des étoffes luxueuses, ornées abondamment,
et qui sont de vrais guides de lecture des romans dans lesquels ils
s’insèrent : au lecteur de déchiffrer, de commenter, voire de re-tisser,
ces éléments. Ainsi dans Galeran de Bretagne, une jeune femme se
taillant un vêtement dans une riche étoffe tissée par sa mère qui l’a
abandonnée, met en pièce le tissu maternel pour le réajuster à ses mesures,
s’appropriant ainsi ses origines.
La plupart de ces romans accordent en effet peu de place au
tissage, quand ils ne le considèrent pas comme un vil métier. Si l’on se tourne
vers les fabliaux, genre anti-courtois par excellence, les choses sont
sensiblement différentes. Ainsi Auberée, vieille maquerelle qui possède
à son plus haut point l’art de lier et délier les personnes, art de la reprise
qui évoque bien sûr la couture, est par ailleurs en tous points semblables à
l’araignée telle que la décrit Isidore de Séville : sans cesse en
activité, aux aguets, prête à fondre sur sa proie. De sorte que l’on retrouve
le tissage sous le travail de la couture et du vêtement, mais – ce qui donne
finalement raison à E. Baumgartner – sous un jour ô combien défavorable,
puisqu’il est associé à l’araignée, animal honni qui symbolise la trahison, la
convoitise, l’esprit de lucre, l’avarice… de sorte que le travail du tissage
apparaît avant tout comme l’art du démon.
Roger Chartier saisit ces processus métaphoriques à
l’époque moderne, en prenant pour point de départ une pièce de Goldoni créée en
1762, Une delle ultime sere di Carnovale, entièrement construite sur une
allégorie entre la fabrication des tissus et la représentation de théâtre. A
chaque état dans le monde du textile (dessinateur, marchand de soie, maître
tisserand, ouvrier) correspond un rôle dans le processus de la composition
dramaturgique (celui de l'auteur, des propriétaires des théâtres vénitiens, des
directeurs des compagnies et des comédiens). Ces ensembles d’analogies
ou de métaphores se présentent à bien des égards comme l’inverse de ce qui se
donne à voir dans les poèmes de Raban Maur : si ceux-ci montrent qu’écrire
c’est tisser, dans la pièce de Goldoni on voit combien tisser c’est écrire.
Cette comédie permet ainsi d’analyser les liens multiples
qui existent entre le texte et le textile, entre XVIe et XVIIIe siècles. Il
s’agit d’une part des proximités matérielles entre texte et tissu, d’autre
part, par ces proximités mêmes, de l’identité des pratiques textiles et
textuelles. Les Contes d’hiver de Shakespeare contiennent ainsi des
énumérations d’articles et ustensiles de mercerie qui rappellent les chansons
de colporteurs contemporaines, soulignant la force du lien entre les ballades
qui sont bien souvent des chansons d’amour et ces objets évoqués qui sont aussi
des gages d’amour offerts par des jeunes filles, jalousement gardés dans ces
coffrets recouverts de tissus et conservant ces menues choses et toute une
imagerie biblique, analysés par Anne Rosalind Jones et Peter Stallybrass (Renaissance
Clothing and the Materials of Memory, Cambridge University Press, 2000).
Bien d’autres textes de cette période, notamment ceux qui
reprennent l’antique matière ovidienne emplie d’histoires de femmes violentées,
privées de parole, et qui parviennent à raconter leur histoire par le tissage
ou la broderie (c’est le cas de Philomèle), mettent en scène la sphère privée
et féminine des travaux d’aiguille, fort éloignée du monde masculin des métiers
vénitiens évoqué par Goldoni. De la pratique du canevas (samplers) dans
le monde élisabéthain, à l’apprentissage de la couture et de la broderie jadis
analysé par Yvonne Verdier, le travail de l’aiguille, réalisé par des femmes
dans une sphère privée et close, apparaît comme l’une des données essentielles
de l’Ancien Régime et l’un des « pouvoirs » féminins.
L'aiguille a ainsi rendu possible l'entrée en écriture de
celles à qui la plume, perçue comme dangereuse, était interdite. Si l'analogie
avec les métiers du textile a permis à Goldoni de mettre en représentation les
contraintes régissant la pratique du théâtre, les jeunes filles et la
femme de l'Europe moderne, en l'inversant, ont pu faire de la broderie ou de la
tapisserie qui devaient assurer leur assujettissement l'instrument d'un
possible écart par rapport aux disciplines imposées.
Nadine Gelas s’intéresse aux rapports entre texte et
vêtement en donnant ainsi à la mode la place qui lui revient de droit dans les
préoccupations de ce colloque. Un des traits frappants de la mode
contemporaine, en effet, c’est le recours important et généralisé au verbal, au
code linguistique sur les vêtements mêmes. Cette pratique existe de longue
date : le mouchoir, pour ne prendre que cet exemple relativement récent, a
été l’un des supports privilégiés du message linguistique. Plus tard, à la fin
du XIXe siècle notamment, se développe l’usage de porter la marque du
fabricant, ainsi que des indications concernant la composition et l’entretien
du vêtement. Mais ces inscriptions ne sont pas portées sur le vêtement mais à
l’intérieur, cachées par conséquent au regard.
La pratique de l’inscription sur le vêtement est donc
récente, elle touche certains vêtements plus que d’autres, par exemple le
tee-shirt, mais en définitive elle envahit toutes les pièces vestimentaires, du
vêtement de sport au vêtement de soirée, sans parler des accessoires. Ces
messages revêtent bien entendu différentes formes, du texte entier au slogan ou
au message politique jusqu’à la simple lettre. Ils sont généralement
accompagnés d’un travail graphique important, la lettre, le mot, étant dans
certains cas transformés en pictogrammes.
A quelles logiques et à quelles valeurs renvoient ces usages
du code linguistique ? C’est ce que propose d’analyser N. Gelas en
distinguant en premier lieu une logique distinctive dans laquelle le message
permet d’afficher une identité, fonctionnant comme une signature. On songe bien
sûr à l’usage de la marque, qui confère son prix à l’objet de mode, le cas le
plus exemplaire étant le tee-shirt : tous se ressemblent, ils sont
fabriqués aux mêmes endroits voire dans les mêmes usines, seule la marque les
différencie et leur confère leur valeur. De sorte que ce qui compte dans
l’objet de mode, c’est moins ce qu’il est, dans sa matérialité, que ce qu’il
signifie pour celui qui le porte. La mode affiche partout et hyperbolise, de
cette manière, sa valeur symbolique.
Une seconde logique peut-être qualifiée de récréative,
lorsque le message est un moyen de jouer avec les signes et les codes. La mode
est ainsi le lieu où s’exprime un ludisme un peu débridé, une forme de
transgression, de provocation (soft). Une de ses formes est l’usage du logo,
tellement présent ces dernières années que l’on a parlé à son égard de logomania
(le déploiement du monogramme Vuitton sur les accessoires de la marque en est
un exemple). Un autre exemple est l’invention d’un langage imaginaire, qui
renvoie a priori à une langue étrangère, mais qui s’avère en réalité
intraduisible, à l’image de l’anglais macaronique qui orne tant de tee-shirts
actuels. Dans ce cas le langage est un pur signifiant.
Une troisième logique serait une logique séductrice, en
laquelle le message a pour but d’attirer le regard sur des endroits précis du
corps, forme en réalité proche du tatouage. Le pas est d’ailleurs franchi avec
cette photographie de mode dans laquelle les deux C entrelacés de Chanel sont
apposés non sur le vêtement mais sur le corps lui-même, comme si le corps avait
retrouvé la fonction première de la marque qui est précisément celle d’orner le
corps.
Au final, cette promenade dans l’usage du texte dans la mode
contemporaine confirme que le signifié importe moins que le signifiant, ce
dernier jouant comme rôle d’aimant pour le regard, en plus de son rôle décoratif
et ludique.
Les liens entre le texte et la mode sont également le point
de départ de l’intervention de Mongi Guibane, qui s’interroge plus
précisément sur la place du texte dans le travail du couturier à partir de
l’exemple de Christian Dior. On sait l’importance de ce dernier dans la mode de
l’immédiat après-guerre, et l’avènement que fut la collection « New
Look » en 1947. Révolutionnaire, le style Dior ? Il marque plutôt, de
l’aveu du couturier lui-même, un retour à une certaine tradition, celle du XVIIIe
siècle ou du Second Empire, et impose un corps que l’on retrouve quasiment
inchangé au fil des saisons : taille serrée, buste offert, hanches
rembourrées.
L’innovation de Dior qui intéresse plus particulièrement le
propos de ce colloque, c’est d’avoir imposé l’idée que chaque saison devait
amener un changement de ligne, à laquelle il donne un nom évocateur qui
séduisait la presse de mode et faisait naître dans le public une attente, une
curiosité. Entre le printemps 1947 et l’hiver 1958 se succèdent ainsi les
lignes Corolle, En huit, Zig zag, Envol, Ailée, Trompe l’œil, Milieu du siècle,
Verticale, Oblique, Naturelle, Longue, Sinueuse, profilée, Tulipe, Vivante,
Muguet, H, A, Y, Flèche, Aimant, Libre, Fuseau. Soit vingt deux lignes
inspirées de la nature et surtout de la géométrie ou encore des lettres de
l’alphabet. Comme dans la géométrie ou l’écriture en effet, la ligne donne un
tracé, celui du corps. Son écriture s’effectue avec de l’étoffe, des formes et
des couleurs. Chaque ligne propose une silhouette, un ordonnancement du corps,
sa grammaire même, que l’on renouvelle chaque saison. Elle est indispensable au
couturier comme le caractère au typographe.
Chaque saison, Christian Dior décrit minutieusement la ou
les lignes retenues dans ce que l’on doit considérer comme son discours de
mode : un argumentaire destiné aux journalistes et aux acheteurs, de plus
en plus détaillé au fil des saisons. Ce texte donne les caractéristiques de la
silhouette de la saison, les coloris, les matériaux, mais aussi tout ce qui
accessoirise la tenue (chapeaux, sacs, gants, bas). C’est un programme à
l’usage des critiques de mode, dont il oriente la lecture, si l’on veut une
dictée, et même un diktat. Car ce texte programmatique qui ne laisse rien au
hasard facilite la description des modèles en même temps qu’il impose ses
choix, rassemblés sous un nom qui, à chaque saison, claque comme un slogan.
L’argumentaire donne la mesure du temps de la mode, tient le
public en haleine, et démontre aussi que la mode ne se fait pas sans texte,
qu’elle est une écriture – à défaut d’être, pour paraphraser Barthes, une bonne
littérature. Au travers de ces textes, la collection apparaît bien pour ce
qu’elle est : un travail constant de la morphologie, une invention du
corps qui emprunte parfois à la lettre même l’idée de sa forme. Si la pratique
de donner des noms aux modèles n’est pas exclusive à Dior – c’est même une
habitude généralisée de longue date – avec lui la mode devient un véritable
texte, voire une explication de texte, qui va au-delà de la simple fiche
technique comme de l’habitude actuelle de superposer le modèle à une ambiance
dont le nom vaut pour seul commentaire.
Le dernier intervenant de ce colloque, Jean Paul Leclercq,
propose d’observer les réalités textiles d’un peu plus près, conjointement aux
aspects plus ou moins connus du texte de façon à mettre en évidence leurs
ressemblances et leurs différences. Il apparaît que dans le texte écrit, les
rythmes poétiques, ceux-là mêmes qui permettent la mémorisation des vers, sont
reconnaissables visuellement dans l’organisation de la page. De la même
manière, un tissu peut présenter des séquences alternées, lorsqu’il utilise
plusieurs armures (mode d’entrecroisement des fils de chaîne et des fils de
trame) dans le sens de la chaîne. Il est encore possible d’identifier
visuellement la fabrication même d’une étoffe en observant le mouvement des
cadres qui portent les fils de chaîne et se soulèvent à un rythme spécifique
suivant le mode de croisement des fils choisi en vue de l’obtention d’une
toile, d’un sergé, d’un satin…
Si l’on se place maintenant du point de vue du livre et non
plus de la page, on constate aisément que le tissu se présente comme une pièce
continue de longueur variable qui rappelle le volumen davantage que le codex,
la notion de page étant sans équivalent textile. Surtout, la notion de
répétition, essentielle dans le cas du textile, est plutôt rare dans le texte,
si l’on excepte le cas du refrain ou du couplet qui scande une chanson ou un
poème.
J.P. Leclercq montre ensuite quelques exemples qui visent à
dégager quelques traits pertinents dans le rapprochement entre texte et textile
et qui portent sur l’ordonnancement ou disposition des motifs dans un tissu
(chemin suivi, disposition en drapeau, symétrie), sur le sens de certains
tissus et notamment du velours, sur la justification que le tissu crée par la
bordure, par exemple. En définitive, il apparaît que le texte ne se rapproche
si bien du tissu que quand il cesse d’être vraiment texte, si l’on peut dire,
comme le cas du châle à pivots, avec ses asymétries et ses lignes obliques, le
montre.
Lorsqu’il est écrit, le texte est le résultat d’une
spatialisation de la parole, tout en incluant un processus temporel, la lecture
ligne à ligne re-suivant cette orientation dans le temps. Le tissu apparaît au
premier abord comme une réalité essentiellement spatiale, mais cette
spatialisation implique également un processus temporel : ce sont toutes
les opérations qui ont lieu avant le tissage (dessin, esquisse, mise en carte…),
dont le tissu n’est en définitive que le résultat. Au final, le temps et
l’espace sont bien présents dans ces deux objets, le tissu en train de se faire
pouvant se comparer au texte qui s’imprime ligne à ligne. En ce sens,
parole/texte, tissage/tissu se révèlent deux couples favorables à la mise en
évidence d’une esthétique comparée de l’espace et du temps.
|